
renouvelés dans nos relations avec Christ et les uns avec les autres. Nos liens seront littéralement resserrés de par l'effet de sa grâce. Non seulement notre péché est pardonné, ce qui nous -sépare est enlevé, mais notre communion est vraiment approfondie;
nous pouvons nous attendre à une restauration de tout notre être (corps, âme et esprit). Son corps est réellement une nourriture, son sang est réellement un breuvage. Et si Paul parle de maladies, conséquences d'une participation indigne au repas du Seigneur, nous pouvons aussi nous attendre à une intervention positive, bienfaisante du Seigneur en faveur des malades. Il paraît indiqué de nous souvenir particulièrement d'eux pendant la cène pour les associer à la bénédiction et intercéder pour eux.
Les Actes des apôtres (Ac. 2:42,46) mentionnent la doctrine, la communion fraternelle, les prières et la fraction du pain comme les éléments constitutifs de la vie cultuelle de l'Église. Oscar Cullmann (dans La foi et le culte de l'Église primitive) conclut son étude en déclarant: « la cène est donc le fondement et le but de tout culte chrétien ». Réfléchir à la sainte cène a nécessairement des conséquences sur l'ensemble de notre conception du culte.
Vu la richesse de sens de la sainte cène, tout l'Evangile y est comme résumé. Notre théologie de la cène (théologie eucharistique) est donc fondamentales.
Dans l'épître aux Corinthiens, après avoir répondu à un certain nombre de questions et dénoncé les divisions de cette église, Paul va reconstruire la communauté en parlant d'abord du. couple (relation ordonnée de l'homme et de la femme) cellule initiale de la communauté, puis de la Ste-Cène lieu par excellence de la restauration du corps de Christ.
INSTITUTION DE LA CÈNE Textes bibliques: Mt. 26:26-29; Mc. 14:22- 25; Lc. 22:14-20; 1 Cor. 11:23-29.
Peut-être est-il utile de rappeler que c'est au cours d'un repas, d'un souper plus précisément, que Jésus a institué la cène. Ce qui explique la pratique de l'Église primitive: la cène se célébrait généralement le soir à la fin d'un repas pris en commun (= agape). Avec cette fâcheuse tendance, à Corinthe du moins, à confondre le repas «gastronomique» avec le repas du Seigneur (cf. 1 Cor. 11:20s). Lé cadre de l'institution de la cène nous rappelle que Jésus-Christ est l'accomplissement de la Pâque juive : sa mort correspond au sacrifice de l'agneau pascal et du même coup s'accomplit cette parole: « Voici l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde».
ASPECT DYNAMIQIUE DE LA CÈNE J'aimerais insister sur le caractère dynamique du repas que le Seigneur a institué pour nous.
La sainte cène est un signe et non un symbole. Il y a un lien plus étroit entre le signe et la chose signifiée, qu'entre le symbole et ce qu'il veut représenter.
Selon le dictionnaire «Petit Robert», le symbole est un objet ou un fait matériel qui évoque par sa forme, sa matière, par association d'idées, quelque chose d'abstrait ou d'absent. Dans ce sens, la colombe, par exemple, est un symbole de paix.
Le signe, par contre, est une chose perçue qui permet de conclure à l'existence ou à la vérité d'une autre chose à laquelle elle est liée; il y a un lien direct entre le signe et la chose signifiée d'où les synonymes suivants (pour le signe).- indice, manifestation, marque, preuve, symptôme.
Ainsi le rire est le signe de la joie, les larmes le signe de la douleur. Le N.T. parle des miracles de Jésus comme de signes pour nous faire comprendre qu'au travers de ces opérations de puissance il y a déjà un début de la manifestation du Royaume au milieu des hommes. On peut déjà dire que dans ce mini-repas de la cène, il y a le signe du grand festin du Royaume.
D'autre part, cette insistance sur l'aspect dynamique de la cène, ne doit pas être interprétée dans le sens du sacramentalisme. La cène n'est pas un acte magique en soi! Le miracle - car miracle il y a, opération du Saint-Esprit il y a - ne se situe pas au niveau des éléments, du pain et du vin qui restent identiques à eux-mêmes (ils peuvent être consommés après coup). Nous n'avons pas la conception catholique romaine de la transsubstantiation telle que l'exprime le catéchisme romain: «Deux grandes vérités dogmatiques découlent des paroles de l'institution: la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, et la transsubstantiation, c'est-à-dire le changement absolu et complet du pain et du vin au corps et au sang de notre Seigneur. En vertu des paroles de la Consécration prononcée par le prêtre sur l'hostie (le pain) et sur le calice (la coupe) nous avons le corps, le sang et la divinité du Sauveur; c'est-à-dire que sa personne divine, revêtue de notre humanité devient réellement présente. Mais cette présence se substitue complètement au pain et au vin, de telle sorte qu'il ne reste plus de ceux-ci que des espèces ou apparences, mais non leur réalité; ce changement s'appelle la transsubstantiation » (Mgr. Cauly, le catéchisme expliqué ; pp. 357-358).
Nous ne partageons pas non plus le point de vue de Luther qui lui aussi croit devoir maintenir un miracle au niveau des éléments. Luther croit à la présence réelle et corporelle de Christ dans l'eucharistie. «Le vrai corps de Jésus qui est né de la vierge et a souffert sur la croix est dans, avec et sous les éléments du pain et du vin. c'est la consubstantiation».
Pour nous, l'action de Dieu est en rapport avec la Parole qui institue la cène et lui donne son sens, en réponse à la foi et par l'intervention du Saint-Esprit. Il ne faut pas oublier que la cène est un acte cultuel, qui se vit dans la présence du Seigneur et sous l'action du Saint-Esprit dont le ministère particulier est de nous appliquer subjectivement les vérités de la Parole.
SIGNIFICATION DE LA CÈNE Le repas du Seigneur a de multiples facettes qui correspondent à autant de significations complémentaires. Il serait regrettable d'appauvrir cet acte cultuel en privilégiant tel ou tel aspect particulier au dépend des autres. Ce serait appauvrir la pratique de la cène et du même coup le culte.
1. Un mémorial « Faites ceci en mémoire de moi» (1 Cor. 11:24 s.; Luc 22.19; cf. aussi Ex. 12-13). «Vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne» (1 Cor. 11:26).
Il s'agit d'un acte évocateur de toute l'œuvre du Christ; c'est une proclamation de la mort du Seigneur indissoluble de sa résurrection. « Il n'est pas possible, sur le
'terrain néotestamentaire, de commémorer la mort de Jésus, sans commémorer aussi la résurrection ou sans commémorer sa mort à la lumière de sa résurrection» (J.J. von Ali- men, Le repas du Seigneur, p. 25).
La sainte-cène est plus qu'un aide-mémoire, une espèce de monument historique qui rappellerait les choses du passé. C'est une histoire à laquelle nous participons par la foi et par l'Esprit Saint.
Un docteur juif du nom de Gamaliel a écrit de la sortie d'Égypte un commentaire qui peut nous faire comprendre comment vivre la sainte-cène: «il faut que dans chaque génération chaque homme se considère comme ayant été lui-même délivré d'Égypte. Il faut que tout Israélite sache que c'est lui qui a été délivré de la servitude ».
Tandis que nous mangeons le pain et buvons la coupe, nous participons à la résurrection du Christ (cf. Rom. 6).
2. Une communion Cet aspect de la cène sera plus particulièrement développé dans cette étude.
Textes bibliques: 1 Cor. 10-14-22; 11:29; cf. aussi Jn. 6.
Le mot communion (koinonia) a un sens beaucoup plus riche et dynamique qu'on lui donne habituellement. Il signifie communication, participation, partage, mise en commun. Plus que l'absence de conflit, c'est l'unité que la communion désigne. On pourrait l'illustrer par deux mains jointes dont les doigts s'interpénètrent.
L'idée même de repas suggère la dimension de communion. Du temps de Jésus- Christ, les juifs avaient une telle notion du repas-communion, qu'ils refusaient de le partager avec les païens de peur d'entrer dans une relation trop intime avec eux. Nous n'avons pas à les imiter, mais à nous souvenir que le repas a effectivement une dimension de communion.
Le fait même de manger est aussi riche de signification. Manger est un symbole de l'appropriation. Ce que je mange devient une partie de moi-même. Il y a au moment de la cène réellement participation au corps et au sang du Christ. C'est une manducation spirituelle; un peu comme Ezéchiel qui avait dû manger le rouleau du livre (Ez. 3.1-3) -. il s'est approprié la parole de Dieu avant de la dire.
C'est ainsi que nous avons à recevoir au fond de nous la réalité signifiée par le paie et le vin, réalité qui nous lie au Christ et les uns aux autres.
Les repas sacrificiels Pour nous faire encore mieux comprendre la portée de ce repas, il est bon de revenir aux repas sacrificiels de l'ancienne alliance qui son! déjà une figure de la sainte cène. En particulier le sacrifice de prospérité nous intéresse (lire Lév. 3-.1-17; Lév. 8; Deut. 12; 1 Cor. 10.14-22).
Le sacrifice une fois offert, l'adorateur juif avec sa famille célébrait dans le parvis un repas sacré auquel participait également le sacrificateur. Alors que toute la graisse de la victime était brûlée sur l'autel par le sacrificateur et offerte à Dieu, l'épaule droite et la poitrine qui avaient été présentées par élévation revenaient au sacrificateur et ce qui restait revenait à celui qui avait offert le sacrifice. Si bien que le sacrifice était partagé en trois parts: une pour l'Eternel, une pour le sacrificateur, une pour le fidèle. Ce repas pris en commun était comme le gage de la réconciliation que l'Eternel accordait au pécheur rentré en grâce.
C'est à cela que l'apôtre Paul fait allusion dans 1 Cor. 10:18: «Voyez les Israélites selon la chair: ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l'autel? »
Les païens aussi pratiquaient des repas sacrificiels; ils offraient des sacrifices sanglants à leurs divinités, puis consommaient cette viande au cours de banquets sacrés dans l'enceinte du temple.
Paul avait dû répondre à une question délicate à ce sujet. Etait-il possible de manger ces viandes qui avaient été préalable- ment sacrifiées aux idoles et qui étaient vendues au marché à des prix avantageux? Pouvait-on, manger cette viande sans risque? Et Paul fait clairement comprendre que cette viande n'a rien de particulier, que les chrétiens ont la liberté de la manger. Sauf dans des cas particuliers, lorsque la conscience de quelqu'un est troublée, soit de celui qui la mangerait en tant que viande sacrifiée aux idoles ou bien de celui qui l'offrirait et signalerait à dessein que cette viande a été sacrifiée aux idoles.
Mais si cette viande n'a rien de particulier, il n'en est pas de même des repas sacrificiels célébrés dans le cadre du culte païen. Il s'agit alors d'un acte cultuel qui place ceux qui y prennent part en communion avec les démons, d'où interdiction absolue d'y participer en tant que chrétien.
Ce qui précède nous permet de bien comprendre où se situe l'aspect dynamique dans la cène: ce n'est pas dans les éléments, *fais dans le repas cultuel pris dans la présence du Seigneur. Frédéric Godet termine toute une longue étude consacrée à cette question en écrivant: « Un acte religieux quelconque nous met en communion avec le monde spirituel; celui-ci exerce une puissance; la nature de l'influence ainsi exercée dépend chaque fois du caractère de l'être invisible auquel le culte est adressé».
Pour conclure ce long développement précisons:
1. le pain et le vin gardent leur matière, rien ne se passe à leur niveau;
2. la sainte cène est un repas cultuel que Paul ne craint pas de comparer aux repas sacrificiels juifs et païens; en tant que tel, il nous place dans une relation particulière avec le Christ. C'est ce que nous pouvons lire dans 1Cor. 10.-16-17: il y est question de communion (dans le sens dynamique précisé plus haut!) avec le Seigneur, son corps et son sang et de communion les uns avec les autres.
L'Eglise primitive était bien consciente de cette dimension de la cène. La Didaché 914 nous rapporte une prière prononcée au moment de la cène: « Tout comme ce pain rompu, d'abord dispersé sur les montagnes, fut moissonné et rassemblé ici, permets ainsi que depuis les extrémités de la terre, ton Eglise soit rassemblée en ton Royaume ».
3. Anticipation du royaume Textes: 1 Cor. 11: 26; Mt. 26.29; Mt. 22: 1 - 1 4
« Je vous dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où j'en boirai du nouveau dans le royaume du Père » (Mt. 26.29). Le « mini-repas » de la cène est le signe du grand festin du Royaume auquel nous participons dès maintenant sous forme cachée et mystérieuse. C'est là l'œuvre du Saint-Esprit: il rend présent le Christ et son royaume au milieu de nous, il est une anticipation des choses à venir.
Si nous participons à ce repas en proclamant la mort et la résurrection du Seigneur, nous le faisons aussi dans l'annonce de son retour; peut-être encore d'une manière plus dynamique en appelant son retour: i(Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens! » (Apoc. 22:17).
L'Eglise primitive prononçait souvent le Maranatha (en araméen: Viens Seigneur!) qui pouvait être considéré comme la plus ancienne prière liturgique de l'Eglise. Et Oscar Cullmann de préciser. « Cette antique prière est à la fois un rappel de l'apparition du Seigneur au jour de la résurrection, un appel pour qu'elle se renouvelle au moment de la Cène (épiclèse) et une annonce de son avènement final! »
4. Une action de grâces (eucharistie) Chacun des textes de l'institution rap- porte les prières de bénédiction et d'actions de grâces que le Seigneur a prononcées sur les éléments avant leur distribution. Et dans ce sens, on peut dire que la sainte cène est le moment par excellence de l'action de grâces et de l'adoration. C'est le temps de visitation de l'Esprit qui cherche à s'exprimer au travers de toute l'Eglise à la gloire du Seigneur de l'Eglise et du Dieu trois fois saint. C'est le lieu de la manifestation du Saint- Esprit par tous les dons spirituels qui devraient s'exprimer alors avec une liberté toute particulière: dons de louange (parler en langues, interprétation, dons musicaux), prophétie, guérison... (lire Eph. 5:18-22).
EXEMPLE NÉGATIF DES CORINTHIENS
La participation indigne au repas du Seigneur n'est pas sans conséquence, voire sans danger pour l'individu, comme pour la communauté. L'exemple de Corinthe est une illustration concrète, elle présente l'exemple à ne pas suivre.
Il y avait dans cette Eglise, en rapport avec la participation à la sainte cène, bien des désordres:
L'esprit profane C'était devenu pour eux un repas comme un autre dépourvu de tout caractère sacré .sans références à l'œuvre du Christ, sans se souvenir du caractère solennel de ce repas. C'était une fête, mais une fête vécue dans le désordre: on s'y goinfrait et même certains étaient ivres.
Certes, nous ne courons plus le danger de tels excès, car suite à cet épisode, on ne prendra plus la cène au cours d'un repas: « Que celui qui a faim mange à la maison» !
Mais ce même esprit profane risque de nous contaminer quand on communie de façon superficielle, extérieure, matérielle, par habitude ou par forme. Le fait que nous célébrions la cène tous les dimanches peut présenter certains dangers de routine et il n'y a rien de tel pour étouffer la vie de l'Esprit !
Les divisions Il y avait dans cette église des divisions, des clans. On se regroupait autour de certaines personnalités, avec leurs tendances particulières. On se critiquait mutuellement, on jouait d'influence. Les sympathies et les antipathies personnelles l'emportaient sur le dévouement à la cause communautaire. Ainsi cette église était déchirée au moment où elle prétendait signifier son unité, sa communion en célébrant la sainte cène.
Nous sommes guettés par ce même esprit. Il peut y avoir aussi parmi nous différentes influences, des critiques, des manques de patience; il en est qui poussent, d'autres qui freinent, pour ne rien dire de tous ceux qui stationnent. Et nous courons le risque de manquer d'unité réelle au moment de prendre part à la cène. Il ne faut pas qu'il en soit ainsi. « Au point où nous sommes, marchons d'un même pas»!
L'individualisme Chacun pour soi à Corinthe - on ne se soucie pas des autres. Chacun mange son propre repas plutôt que de partager. L'un a faim tandis que l'autre est ivre. Les règles élémentaires de la politesse ne sont pas respectées. Ils ne s'attendent pas les uns les autres pour commencer le repas.
C'est tout le contraire de la communion et du partage. On se soustrait à la loi fonda- mentale du royaume qu'est la loi d'amour, et l'on oublie que l'égoïsme est un véritable sacrilège! Et alors, que se passe-t-il dans cette communauté? Rien? Si, quelque chose de pénible et de grave. Au lieu de devenir meilleurs, ils deviennent pires (v. 11: 17). Ils mangent et boivent un jugement contre eux-mêmes (11: 29). Ils se rendent coupables envers le corps et le sang du Seigneur (11 : 27). Et Paul de conclure très concrètement: « C'est pour cette raison qu'il y a parmi vous beaucoup de malades, d'infirmes et qu'un assez grand nombre sont morts» (v. 30).
COMMENT PARTICIPER A LA CÈNE?
Un choix fondamental et solennel Nous sommes placés devant un choix fondamental, une décision qui engage toute notre personne. Nous sommes appelés à nous situer face à Jésus-Christ. Il n'y a pas de neutralité possible en face de la croix. Allons-nous rester au rang de ceux qui crient «crucifie-le, crucifie-le», ou allons-nous humblement reconnaître en ce supplicié de Golgotha, en ce condamné à mort, «I'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » ?
Vais-je reconnaître que c'est pour moi que Jésus a souffert l'agonie? qu'il a été frappé pour mon péché?
Vais-je accepter qu'aujourd'hui son histoire me rejoigne et devienne mon histoire?
Vais-je accepter de participer à sa mort et à sa vie ? De me donner à lui parce qu'il s'est donné le premier? Vais-je accepter de répondre à son amour par mon amour? Tout dépend de cette réponse.
Le repas du Seigneur est réservé au peuple de Dieu, aux hommes et aux femmes qui ont cru que par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, Dieu les a réconciliés avec lui et qu'il a fait d'eux par sa grâce des fils et des filles, membres de sa famille.
Le fait d'être un enfant du Seigneur, né de nouveau, ne signifie pas que nous puissions participer sans autre à ce repas. « Que chacun s'éprouve soi-même», écrit l'apôtre Paul et il l'écrit à des chrétiens membres de l'église de Corinthe. Ma participation à la cène aujourd'hui m'interroge, me remet en cause et m'oblige à examiner mes relations verticales avec le Christ Jésus, horizontales avec mes frères et sœurs, avec les membres de ma famille. Il n'est pas tant question, remarquons-le, de discipline formelle extérieure, mais c'est un appel à un examen personnel qui nous est adressé. Le but étant non pas de s'abstenir, ce serait éluder le problème, adopter de fausses solutions, maintenir le mal en nous, mais au contraire, de mettre en ordre notre vie, de s'approcher du Seigneur pour lui confesser nos fautes, lui demander pardon et accorder le pardon à nos frères. Et alors, dans cette attitude d'humilité, vivant de sa grâce, de participer au repas de la cène.
2 Il faut veiller à ne jamais faire de l'abstention de participer au repas du Seigneur, un moyen de pression sur les autres, de dire son mécontentement !
Discerner la corps du Seigneur Voir au-delà de ce pain et de ce vin, le corps et le sang du Seigneur offerts pour nous. Jésus a souffert dans son corps de chair et de sang le châtiment que je méritais.
Mais le corps du Seigneur c'est aussi son Eglise, l'ensemble des frères et sœurs qui forment la communauté. Nous sommes véritablement membres les uns des autres. Dès lors, discerner le corps du Seigneur, c'est prendre au sérieux cette réalité de notre unité en Christ. Tout ce qui viendrait remettre en question cette réalité doit être dénoncé, déposé au pied de la croix.
Il faut s'attendre à quelque chose Nous devons nous attendre à quelque chose, avoir une attitude de réceptivité et de
foi.
Le repas du Seigneur est le lieu de bénédiction par excellence. Jésus-Christ littéralement s'offre à nous par son Esprit, c'est le sens du mot communion, qui équivaut à partage, don mutuel de soi, échange. Nous pouvons nous attendre à sa bénédiction et à sa visitation. Par l'action du Saint-Esprit, nous serons:
3. par la visitation du Saint-Esprit, nous sommes renouvelés dans notre reconnaissance, notre louange et notre adoration. C'est la raison pour laquelle la sainte cène, le moment du partage du pain et du vin, est le lieu privilégié de l'action de grâces et de l'adoration (Eph. 5: 18);
4. nous sommes renouvelés dans notre espérance. Nos regards sont tournés vers le Seigneur qui est, qui était et qui vient, et nous l'appelons de tout notre cœur: « Viens Seigneur Jésus, viens! »
SUGGESTIONS PRATIQUES POUR PRÉSIDER LA CÈNE
1. Intégration au culte Se laisser conduire par la direction générale du culte, par le Saint-Esprit, pour mettre en évidence un des nombreux aspects complémentaires de la cène. Ceci exige du président une bonne capacité d'adaptation, de la souplesse ainsi qu'une bonne connaissance des différents aspects de la cène et de la Parole de Dieu.
2. Rappel de l'institution
Il est nécessaire de lire un des textes de l'institution de la cène (dans les évangiles ou l'épître aux Corinthiens).
Les gestes et les signes sont équivoques par eux-mêmes; c'est la Parole qui leur donne sens (ici s'allie le geste et la parole !).
3. Avertissement
Vu le caractère solennel de la cène, son efficacité « à double sens», il faut mettre en garde contre une participation indigne. Ainsi le faisait l'Eglise primitive: «Que personne ne boive et ne mange de votre eucharistie, sinon ceux qui sont baptisés au nom du Seigneur. Car le Seigneur a dit à ce propos: «Ne donnez pas les choses saintes aux chiens» (Didaché 9/5). Mettre en évidence la responsabilité personnelle de chacun (que chacun s'éprouve soi-même). Sans éluder la responsabilité communautaire.
4. Confession des péchés Il est bon avant d'y participer de confesser tout ce qui remet en question la réalité de cette unité. L'Eglise primitive faisait précéder la participation à la cène de la confession. Personne n'aurait pu s'approcher de la table du Seigneur sans s'être d'abord réconcilié avec son frère s'il y avait lieu (Didaché 1411). Cet usage était fondé sur Mat. 5. 23 « Si donc tu présentes ton offrande à l'autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, et va d'abord te réconcilier avec ton frère puis viens présenter ton offrande». Suivait alors le saint baiser qui devait montrer qu'une parfaite communion devait s'établir dans l'assemblée avant le repas. La cène pourrait être précédée de démarches concrètes de réconciliation et de réparation.
5. Action de grâces Ne pas manquer de rendre grâces pour le pain et la coupe (bénir la coupe
1 Cor. 10: 16) Tous les textes de l'institution mettent en évidence l'action de grâces prononcée par Jésus l Il faudrait avoir au moins les mêmes égards les uns pour les autres que dans un repas habituel: se passer le plat, le tenir pendant que l'autre se sert, échanger un regard, une parole...
6. Adoration, louange Si le silence a sa place dans le culte, ne. pas le faire peser trop lourdement pendant la cène. S'il y a humiliation et repentance, qu'elle précède la cène et que la participation au repas du Seigneur le soit alors dans la joie du pardon et de la communion retrouvés. Laisser éclater et s'exprimer la joie, la louange et la reconnaissance.
Place à l'adoration, à l'expression des dons spirituels qui manifestent le Christ au milieu de l'Assemblée.
CONCLUSION Si c'est dans cette attitude-là, en esprit et en vérité que nous participons au repas du Seigneur, nous en serons très richement bénis!
Le double but du culte sera atteint: L'assemblée, expression locale du corps du Christ, en sera fortifiée, édifiée, consolidée et Jésus-Christ, le Seigneur de l'Eglise, en sera glorifié.
Peut-être bien que le fait de rompre le pain chaque dimanche comporte le risque d'en faire une tradition vide de sens, et cela de par notre faiblesse, notre superficialité, avec les conséquences négatives qui en résultent. C'est pourquoi, demandons à Dieu que chaque dimanche, par le secours du Saint-Esprit, nous puissions vivre le culte et la fraction du pain dans un esprit renouvelé, conscients de la faveur merveilleuse qui nous est faite d'être invités à sa table semaine après semaine!
André Courtial
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